Un bonsaï ne pousse pas dans du terreau de géranium. Il pousse dans un grain qui laisse passer l’air, retient un peu d’eau, et se vide ensuite. Akadama, pumice, pouzzolane: ce n’est pas du folklore japonais à coller sur une étiquette. C’est la différence entre des radicelles blanches et une motte noire au bout de dix-huit mois. Cette page dit quel substrat choisir, comment le mélanger en France, et quand le changer.
Pourquoi le terreau de jardinerie asphyxie un bonsaï
Le sac « plantes méditerranéennes » ou « terreau universel » est fait pour des godets de saison, arrosés par un client pressé. Il contient de la tourbe, du compost, des fibres qui se tassent. Dans un pot plat de bonsaï, deux choses arrivent. L’eau stagne: plus d’air, racines brunes. Ou, à l’inverse, la motte se rétracte, l’eau file le long des parois, le centre reste sec. Dans les deux cas, tu « arroses mal » alors que c’est le support qui est faux.
Les racines fines d’un bonsaï veulent de l’oxygène en continu. En pleine terre, le sol se fissure, les vers travaillent, l’eau part en profondeur. Dans 3 cm de hauteur de pot, il n’y a pas de plan B. D’où un mélange minéral, granulé, tamisé, que tu peux rincer à chaque arrosage sans le transformer en boue.
Conséquence: un mélange drainant ne nourrit presque pas. Tu fertilises pendant la pousse, tu ne reviens pas au terreau « pour qu’il mange ». Voir engrais.
Akadama, pumice, pouzzolane pour un bonsaï
Tu n’as pas besoin de dix sacs. Trois composants couvrent 90 % des arbres qu’on cultive en France.
- Akadama. Argile granulaire japonaise, cuite, poreuse. Elle retient l’eau dans les grains, puis se vide. Couleur: plus claire en séchant, d’où un indice visuel utile. Durée de vie: souvent 2 à 3 ans selon la qualité et le gel. Elle se brise, devient de la poussière, colmate. C’est pour ça qu’on rempote, pas pour « changer de décor ».
- Pumice (pierre ponce). Roche volcanique légère, très aérée. Elle draine, elle ne se tasse pas, elle garde un peu d’humidité en surface des pores. Idéale pour alléger un mélange trop « terreux » et pour les climats humides (Bretagne, Normandie, Nord).
- Pouzzolane. Roche volcanique, souvent rouge ou noire, facile à trouver en France (Massif central, jardineries). Plus lourde que la pumice. Elle ouvre le mélange, elle pèse (utile au vent), elle ne nourrit pas. Très utile en remplacement partiel de l’akadama si le budget ou l’approvisionnement coincent.
Autres grains, pour des cas précis, pas pour tout le monde: kiryu (conifères, structure ouverte), kanuma (azalées, plus acide), écorce fine de pin (un peu, sur ficus, jamais en majorité), un soupçon de terreau tamisé seulement si tu n’as rien d’autre le temps d’un premier hiver. Le charbon, la billes d’argile de décoration, le sable de chantier: tu laisses.
L’étiquette « substrat bonsaï » du rayon n’est pas une molécule secrète. Ouvre le sac. S’il sent le compost et qu’il tache les doigts en noir, c’est encore du terreau. S’il coule en grains distincts de 2 à 6 mm, tu tiens quelque chose.
Quel substrat de bonsaï selon l’essence
Les pourcentages ci-dessous sont des départs, pas une recette d’examen. Tu ajustes selon ta main d’arrosage et ta région. Tout est tamisé, poussière jetée.
- Feuillus d’extérieur (orme, charme, troène, érable du Japon, orme de Chine): environ 50 à 60 % akadama, 30 % pumice, 10 à 20 % pouzzolane. Tu veux de la retenue sans nappe.
- Pins et genévriers: plus ouvert. 40 à 50 % akadama, 25 % pumice, 25 à 35 % pouzzolane ou kiryu. Ils pourrissent vite dans un mélange gras.
- Ficus et tropicaux d’intérieur: 40 à 50 % akadama, 40 % pumice, 10 % écorce fine ou pouzzolane. Ils aiment l’air aux racines, pas un marais sous le radiateur.
- Olivier, grenadier, romarin: encore plus drainant. Tu pousses pouzzolane et pumice, tu gardes assez d’akadama pour ne pas arroser toutes les deux heures en août.
- Azalée: kanuma en majorité, un peu de pumice. Pas d’akadama calcaire, pas de terreau universel.
Sans akadama japonaise, un mélange 50 % pouzzolane / 40 % pumice / 10 % terreau très tamisé (ou fibre de coco rincée, pas la brique salée brute) tient un an. Ce n’est pas idéal. C’est infiniment mieux que le sac géranium pur. Dès que tu peux, tu passes minéral.
Substrat bonsaï et climat français
Le même orme n’a pas besoin du même grain à Brest et à Nîmes.
- Bretagne, Normandie, Nord, Ardennes — pluie, gris, pots qui ne sèchent pas. Tu augmentes pumice et pouzzolane (souvent +10 à 20 % par rapport aux recettes « moyennes »). Tu sors les pots de la pluie battante en novembre si le grain reste saturé. La mousse en surface n’est pas jolie: c’est un indice d’humidité permanente.
- Midi, Corse, façade ouest ventée — mistral, 35 °C, balcons qui cuisent. Tu gardes davantage d’akadama (retenue). Un mélange trop ouvert, tu vis avec l’arrosoir à 7 h et à 19 h. Ombre aux heures chaudes plutôt que terreau « pour tenir l’eau ».
- Lyon, Dijon, Alsace, Massif central — été chaud, hiver qui gèle le pot. Mélange équilibré, et tu te souviens que l’akadama gorgée d’eau qui gèle se brise plus vite. Protection du pot en janvier: voir hivernage.
Ta main compte autant que la météo. Si tu as tendance à trop arroser, ouvre le mélange. Si tu travailles et que tu ne peux passer qu’une fois par jour en juillet, un peu plus d’akadama, un pot un peu plus profond, pas un retour au terreau.
Tamisage du substrat bonsaï
Les poussières colmatent. Un tamis à 2 mm et un à 5 ou 6 mm changent plus la vie qu’une pince à fil. Tu jettes ce qui passe au 2 mm (ou tu le mets au fond d’un bac à boutures, pas dans le bonsaï). Tu gardes:
- 2–4 mm pour les petits pots, shohin, arbres récemment bouturés.
- 4–6 mm pour un arbre de 30 à 50 cm, pot classique.
- 6–8 mm parfois en couche de drainage au fond d’un pot profond, pas obligatoire si le mélange est déjà ouvert et les trous libres.
Tu mouilles légèrement le grain avant de remplir au rempotage: la poussière restante colle moins, les vides se voient mieux à la baguette. Tu n’as pas à stériliser au four. Tu n’as pas à « inoculer » quoi que ce soit. Un mélange propre, sec, tamisé, c’est déjà le travail.
Les outils utiles ici: tamis, baguette, grilles plastiques pour les trous, fil d’ancrage. Pas besoin d’une mallette.
Quand changer le substrat d’un bonsaï
Tu changes le grain au rempotage, pas « tous les 1er mars ». Signes que le mélange est mort:
- L’eau traverse en une seconde, sans mouiller le centre (canaux, motte rétractée).
- Ou l’inverse: l’eau stagne, le pot reste lourd trois jours, odeur de cave.
- Akadama devenue farine, plus de grains distincts.
- Racines qui tournent en galette sous le pot, plus de grain visible.
- Pousse qui s’éteint malgré lumière et engrais, après deux ou trois saisons dans le même pot.
Un jeune orme en culture: souvent tous les 2 ans. Un sujet âgé, posé, mélange encore granulaire: 3 à 5 ans. Un ficus d’intérieur dans un salon: tu regardes les racines, pas le calendrier; souvent 2 à 3 ans. Tu ne changes pas le substrat en août « parce que tu as acheté un sac ». La fenêtre, c’est le redémarrage de l’arbre.
Entre deux rempotages, tu ne « surfaçes » pas avec du terreau. Tu peux remplacer 5 mm de grain en surface s’il verdit ou s’il se casse, sans toucher aux racines. Si tu enterres de l’engrais organique en surface, tu le poses, tu ne le mélanges pas à la motte.
FAQ : substrat bonsaï
Puis-je garder un bonsaï dans du terreau ?
Quelques mois, parfois un an, si tu arroses très juste et que le pot draine. Au-delà, les racines s’asphyxient. Passe minéral dès le premier rempotage utile.
L’akadama est-elle obligatoire ?
Non. Elle est pratique (rétention, indice de couleur, structure). Pouzzolane + pumice font un très bon travail en France, surtout sous la pluie. L’akadama reste un plus, pas une religion.
Quel substrat pour un débutant ?
Un mélange 50/30/20 akadama–pumice–pouzzolane, grain 3–6 mm, tamisé. Feuillu d’extérieur. Tu apprends à arroser là-dessus, pas dans un sac de tourbe.
Faut-il mettre une couche de drainage au fond ?
Pas obligatoire si le mélange est granulaire et les trous libres, avec une grille. Une couche de gros grain aide dans un pot profond qui resterait saturé. Dans un pot plat, ça mange du volume racinaire pour rien.
Pourquoi mon akadama devient de la boue ?
Gel répété, qualité tendre, arrosage en eau calcaire + temps. C’est normal au bout de deux ou trois ans. Tu rempotes, tu ne « aères » pas à la fourchette en surface en croyant réparer le fond.
Le substrat se mange-t-il tout seul (engrais) ?
Non. Minéral = pauvre. Tu nourris pendant la pousse. Le grain sert à l’air et à l’eau, pas au buffet.
Puis-je recycler l’ancien substrat ?
Tu tamises, tu jettes la farine et les racines mortes. Le gros grain encore dur peut aller en drainage ou au jardin. Tu ne le remets pas tel quel autour de racines neuves.